Résidences La Borne 2025

Ju Hyun Lee et Nicole Crestou

 

> Ju Hyun Lee

Pourriez-vous vous présenter

Je suis une artiste sud-coréenne arrivée en France en 2007. J’ai fait mes études aux Beaux-arts de Grenoble (DNAP) et Lyon (DNESP 2014). Après mes études, j’ai voyagé avec les résidences d’artistes internationales, notamment à la Jan Van Eyck academie (2016) aux Pays-Bas où j’ai commencé à travailler sur les projets multidisciplinaires qui croisent l’alimentation, le design, l’architecture. Après une période de vie rurale dans les Vosges, j’ai suivi la formation BPREA (diplôme agricole) qui a transformé mes pratiques. Actuellement, je travaille à Besançon où j’ai réalisé deux sculptures monumentales : un bateau aromatique composte (mamanlaplusbelle.fr) et une tortue géante en terre crue et cuite (https://juste-ici.fr/fr/bibiche-on-fire/). Ma pratique en céramique est relativement récente. Tout a été commencé par la réalisation de la croûte de carapace de la tortue, un chantier complexe qui a débuté en 2022 et s’est achevé en 2024. En collaboration avec l’association “Juste ici”, j’ai mis en place le Festival des soupes Bol Bol Bol dont j’ai assuré la conception et la scénographie avec les légumes séchés et la suspension des pièces en porcelaine saturée du jus de légume. Récemment, j’ai réalisé une série de trente sculptures en terracotta pour les plantes d’intérieur. (Le vert en rose, Scène nationale Le Quartz, Brest)

Pourquoi souhaitiez-vous participer au dispositif des « Résidences La Borne » ? 

Depuis quelques années, j’ai principalement travaillé sur la terre de basse température en lien avec la culture des plantes (croûte pour la gestion d’enherbement, pot-sculpture, oya), en expérimentant les autres terres et les émaux, mais peu. Je voudrais élargir mes connaissances pour appliquer davantage les techniques céramiques dans mon travail. J’adore la matière qui donne beaucoup de possibilités comme le développement de formes organiques, mais qui change de nature selon l’étape de production.

Le travail en équipe avec un(e) céramique de La Borne était un grand appel pour moi. Je pensais que cette approche me permettrait de sortir de mes méthodes pour découvrir plus de possibilités. Avec Nicole Crestou avec qui j’ai déjà commencé à travailler, je trouve beaucoup de connivence pour le travail et pour le mode de vie en général. On a commencé à faire de nombreux tests de moulage et de cuisson pour mon projet Parade-Terre. L’idée est de créer une œuvre commune qui se développera au fur et à mesure du temps passé ensemble dans son atelier. C’est une opportunité formidable dans ce lieu magique, rempli de l’histoire de la terre et de potiers d’excellence.

Quel est votre projet ? 

Parade-Terre est une série de casques en terre, avec une variation de neuf types de cornes d’animaux (bois de cerf, vache, mouton, taureau, buffle, chèvre, élan, antilope, impala..). Je voudrais créer une parade avec les personnes qui porteront ces casques à cornes qu’elles se déplacent ensemble comme pour la transhumance des animaux d’élevage. Comme il s’agit d’un « port performatif », se posent des questions techniques et sécuritaires pour la production des pièces : comment réduire le poids, comment régler le porte-à-faux en mouvement, comment fixer sur la tête. En même temps, pour que le projet crée un sens collectif visuellement fort, il faut un nombre important de participants qui expérimentent ce casque. Cela implique de trouver une technique de reproduction plus efficace que le façonnage à la pièce unique. Avec Nicole, nous avons déjà créé neuf paires de moules en plâtre, que nous allons utiliser lors de notre prochaine session de travail. Un des points de départ de ce projet vient d’une pratique ancestrale de la Corée du Sud. Les femmes transportaient sur la tête un pot en grès rempli d’eau ou d’aliments, à l’aide d’un support de paille de riz tressée. Aujourd’hui cela nous apparaît comme une prouesse, comment ces femmes arrivaient-elles à porter ces objets en terre relativement lourds ? Certes, c’est un projet qui entraîne des contraintes, des challenges et des risques et embrouille la frontière entre la sculpture et l’utilitaire.

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> Nicole Crestou (ACLB)

Dans son 5ème atelier, N. Crestou réalise essentiellement des sculptures modelées à partir de plaques ou d’éléments tournés et déformés. Les grès ou la porcelaine sont cuits dans des fours au bois, au gaz ou électrique. Les créations actuelles sont des sculptures figuratives, parfois mises en scène dans des installations, des sculptures animalières ou inspirées de la végétation. Certaines pièces sont recouvertes d’émaux colorés, la plupart sont destinées au jardin. Sans recherche de ressemblance, les animaux relèvent d’une expression libre proche de l’art singulier. N. Crestou a suivi plusieurs formations auprès de J. Stedman, Y. Mohy, Mme Lerat, H. Klug, L. Delisle à l’université Paris I…

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