
> Anne Rochette
Pourriez-vous vous présenter ?
Depuis quarante ans, ma pratique de sculpteure s’est ancrée dans un rapport à la terre et au modelé. Après avoir étudié aux Beaux Arts de Paris (Atelier Jeanclos) et à la New York University (Master of Fine Arts), j’ai vécu dix ans à New York, puis suis revenue vivre et travailler à Paris en 1991, où j’ai été responsable d’un atelier de volume à l’Ecole des Beaux Arts de Paris de 1993 à 2023. Je me suis longtemps nourrie, visuellement, intellectuellement et techniquement, de voyages de travail, tout particulièrement en Afrique de l’Ouest, Inde du Sud et Chine. Le corps et le ressenti féminin est au cœur de ma pratique.
Pourquoi souhaitiez-vous participer au dispositif des « Résidences La Borne » ?
Grâce à des connexions amicales et à des passages réguliers j’ai « fréquenté » La Borne au cours des vingt dernières années, en tant que lieu de pratiques contemporaines de la céramique, lieu d’une tradition ancienne de poterie fonctionnelle, lieu de vie et de partage. J’y ai découvert à la fois le travail des artistes et artisans contemporains et celui de Marie Talbot, qui m’a beaucoup touchée. Le dispositif de résidences partagées de la Borne répondait à mon souhait d’y explorer ce qui me semble propre au travail de Marie Talbot : la volonté de construire une figure, voire de se représenter soi-même, et la persistance d’un vocabulaire formel issu d’une tradition de la céramique fonctionnelle qui se déploie autour de contenants, de formes simples, de variations autour du cylindre plus ou moins enflé ou comprimé. Le potentiel narratif de la figure habite alors un jeu de formes propre à la tradition céramique.
Quel est votre projet ?
Lors de cette résidence partagée avec Ophélia Derely, nous chercherons à produire des figures féminines, si possible de grande taille, en écho à celles de Marie Talbot tout en n’étant jamais dans une imitation de son vocabulaire. L’enjeu serait d’à la fois lui rendre hommage dans sa spécificité, et de lui répondre par nos propres vocabulaires et imaginaires, deux siècles plus tard.
> Ophélia Derely (ACLB)
Pendant son enfance, Ophélia étudie l’art au musée d’Art moderne de Villeneuve d’Ascq. Cursus d’humanités artistique à Tournai, l’école des beaux-arts de Tourcoing et Bourges affirment son regard. Pour la céramique elle apprend auprès d’Agnès Chapelet. En 2010, les rencontres internationales de cuisson au bois l’engagent à construire son four. Le tournage légèrement réformé signe son empreinte sur l’utilitaire. Le modelage est la base de sa démarche personnelle pour les têtes. Elle explore l’âme humaine nichée dans sa boite crânienne, cette discothèque infernale de nos désirs et de nos vanités. Le crâne est un contenant, un vaisseau spécial, spatial avec ses orbites, ses trous noirs et surtout encore terra incognita.
Bernard David