Beatriz Trepat

« Oh, regardez la spirale ! On dirait un être vivant. »

Gregory Bateson, Esprit et nature

 

 

Il y a vingt ans, Beatriz Trepat est arrivée à l’atelier de Dante Alberro pour se former à la céramique. Elle sortait alors de l’École des Beaux-Arts de la ville de Rosario (Argentine), avec une spécialisation en gravure, une discipline où la copie et la reproduction sont essentielles. Elle a transposé la poésie du dessin à la sculpture et en suivant le principe du calque, elle a créé, à la manière de l’ADN ou du fossile, une trace du vivant.

Beatriz Trepat s’est donc d’abord lancée dans la reproduction fidèle de petits simulacres de créatures, en façonnant des espèces, des familles, des colonies et des récifs de quelques spécimens proliférants à la surface d’un objet prétendument usuel : ici, un vase baroque se trouvait assailli par l’invasion d’une faune de cadavres mythologiques ; là encore, c’est une urne funéraire qui fleurissait, comme un désert après la pluie.

La clé en était la rose : c’est, tout simplement, à partir d’une minuscule rose, trouvée et transformée par la magie de l’argile en proto-animal répliqué à l’infini, que cette artiste eut l’intuition de la morphologie hélicoïdale du vivant. La forme du vivant, selon Bateson, c’est “comme la musique, des répétitions avec modulations”. La forme du vivant raconte toujours une histoire, elle laisse des traces de sa croissance dans les systèmes auto-régulés. Le vivant “grandit en conservant sa forme” (Bateson), la spirale donne forme à son exemple le plus parfait : la rose.

Un jour, l’habit d’argile a implosé. Alors qu’un vide conçu pour former un récipient circonscrivait ses œuvres précédentes, Beatriz Trepat a oublié la fonction d’usage. Des amphores et des cruches se sont métamorphosées en quelques rares individus d’une espèce encore inconnue : de tendres monstres sui generis, singuliers et sans pareil.

Le décor de brocart constitué par ces colonies de micro-organismes est devenu la peau ou encore l’écorce d’entités au règne inconnu.  Les pointes et les épines ont vu leurs formes simplifiées. Ce n’est plus d’une matrice en amont qu’elles surgissent comme au hasard, mais des doigts de Beatriz qui les pétrie une par une, grâce à son sens du sculptural, émancipé de la gravure et du collage.

Elles ne racontent plus un roman fossile, qui traversait les générations pour donner à voir l’histoire et le tissu vivant d’une biodiversité sociale, où cohabitaient des existences diverses en ordre chaotique. Elles sont désormais réduites à un seul geste, une pointe d’humour, un witz.

L’argile cuite fige l’image d’un instant dans la vie d’un animal venu des étoiles.

Ce que dégage le personnage nous fait entrevoir tout un monde. La dramaturgie s’empare du récit, le geste se répand en un théâtre miniature, en un diorama accueillant où la créature, sortie d’un univers  fort mystérieux, apaisera son exil.

Une sculpture née de la gravure rejoint son autre versant : la peinture. Créer un décor pour cet animal naissant, c’est lui inventer un univers au sein duquel la toute première distinction se fera entre l’humide et le sec. Après la simulation des restes génétiques d’un emporium perdu, Beatriz Trepat a entrepris d’écrire une Genèse originale, peuplée d’êtres surgis des eaux qui s’épanouissent en pleine lumière.

 

La vie dans les planètes. Présentation de Beatriz Vignoli

 

Exposition du 27 avril au 4 juin 2019.
Vernissage le samedi 27 avril de 18h00 à 21h précédé d’une rencontre avec l’artiste à 17h.

Ouverture tous les jours de 11h à 19h.